Entre corps, cerveau et bateau
Science du sport, préparation physique, santé, nutrition et data : une approche globale au service des équipes Challenger, Youth et Women.
Afin de les accompagner jusqu’à Naples 2027, les trois équipes sportives de la Roche-Posay Racing Team - Challenger, Youth et Women - bénéficient de l’expertise d’un collège de spécialistes en Performance Humaine.
Présentée aux jeunes et aux femmes à l’occasion d’un stage préparatoire à l'événement des ETF26 Series à Lorient (12 au 15 août), cette approche vise à leur offrir un accompagnement global, de la préparation physique à la prévention des blessures, en passant par le suivi médical, la nutrition, la récupération et, progressivement, l’analyse de la charge cognitive.
L’objectif n’est pas de multiplier les outils ou les protocoles, mais de créer les conditions permettant à chaque marin d’arriver dans les meilleures dispositions physiques et mentales au moment de monter à bord.
Une cellule pluridisciplinaire
La cellule Performance Humaine rassemble plusieurs expertises complémentaires.
- Kilian Philippe – Science du sport
Il coordonne le suivi de la performance humaine, la préparation physique et l’analyse des données physiologiques et cognitives. Il assurera une partie du suivi à distance et interviendra régulièrement à Naples, avec une présence adaptée aux besoins et renforcée pendant les périodes de compétition. - Thomas Cruble – Kinésithérapie, ostéopathie et micronutrition
Présent à temps plein à Naples à partir de l’automne, il assurera notamment les soins, la prévention, le suivi de la préparation physique et les questions liées à la micronutrition. Sa présence quotidienne lui permettra également de jouer un rôle de relais entre les athlètes et les différents membres de la cellule. - Martin Oudet – Urgentiste et médecin de l’équipe
Garant de la santé et de la sécurité, il organisera le suivi médical individuel, les protocoles d’urgence en navigation et l’accès aux soins à Naples. Il accompagnera également les équipiers internationaux afin que chacun puisse bénéficier d’une prise en charge adaptée et interviendra sur les questions de prévention et, le cas échéant, d’antidopage.
Cette organisation permet une approche globale, systémique et transversale de la performance : préparation physique, nutrition, sommeil, récupération, état de santé, stress et capacités cognitives sont considérés comme des éléments étroitement liés.
Relier la performance humaine à la performance sportive
La cellule Performance Humaine travaille en interaction étroite avec le département Performance Sportive et le coaching staff.
L’ambition est de créer un pont entre ce qui se passe sur le bateau et ce qui se passe chez le marin. Dans un sport aussi technologique que l’America’s Cup, l’analyse de la performance ne peut en effet se limiter au bateau : elle doit également prendre en compte la manière dont les contraintes de navigation influencent les équipiers.
Cette collaboration fonctionne dans les deux sens. Le staff sportif peut identifier une manœuvre, une phase de navigation ou une période durant laquelle la performance semble moins bonne ; les spécialistes de la Performance Humaine peuvent alors croiser ces observations avec les données disponibles — charge physique, sommeil, récupération, stress, nutrition ou hydratation — afin d’apporter des éléments de compréhension complémentaires.
À l’inverse, lorsqu’un niveau inhabituel de fatigue ou de stress est identifié, ces informations peuvent être partagées avec le département Performance Sportive pour éclairer ses décisions.
L’objectif n’est pas de se substituer au coach, mais de lui apporter des données et des clés de lecture supplémentaires au service de la performance globale de l’équipage.
Suivre plutôt que surcharger
L’AC40 est moins exigeant sur le plan musculaire que certaines générations précédentes de bateaux. Le risque est donc de voir la préparation physique progressivement passer au second plan alors qu’elle reste essentielle, notamment en matière de prévention.
Des mesures de masse musculaire et de masse grasse ont ainsi été réalisées auprès des Youth et Women afin de constituer une première référence. Elles pourront être répétées régulièrement lors des rassemblements à Naples pour suivre l’évolution de chaque athlète et vérifier que préparation physique, alimentation et état général restent adaptés.
La priorité ne sera toutefois pas de rechercher la performance absolue en salle de sport. La préparation physique doit avant tout permettre de maintenir les capacités physiques, renforcer la robustesse et prévenir les blessures — notamment lors des chocs ou décélérations du bateau — tout en préservant l’énergie nécessaire à la navigation.
Pendant les périodes intensives, Kilian privilégie ainsi des séances courtes de 20 à 30 minutes en “microdose”. L’idée est de regrouper autant que possible les fortes sollicitations sur les mêmes journées afin de préserver ensuite de véritables temps de récupération.
Les athlètes qui disposent déjà de leur propre préparateur physique pourront naturellement poursuivre leur travail avec lui : la volonté de la cellule est de compléter et coordonner les expertises, pas de multiplier les intervenants.
Mesurer la charge cognitive
L’un des axes développés concerne l’analyse du stress et de la charge cognitive à bord.
Sur un AC40 ou un AC75, la dépense énergétique visible ne reflète qu’une partie de la sollicitation. Même lorsque le bateau vole et que les mouvements physiques sont limités, l’intensité de la concentration, le traitement permanent d’informations et la nécessité de prendre des décisions très rapidement peuvent représenter une charge importante pour le marin.
Des capteurs sont ainsi testés sur l’AC75 pour analyser non seulement la fréquence cardiaque, mais surtout la variabilité de la fréquence cardiaque — HRV —, qui permet d’obtenir des indications sur la manière dont le système nerveux réagit au stress.
L’intérêt n’est pas de comparer les marins entre eux, mais d’observer chaque athlète dans le temps : récupération, fatigue, stress et réactions à certaines situations de navigation peuvent ainsi devenir des indicateurs supplémentaires pour accompagner la préparation.
Les premières observations réalisées à bord montrent par exemple que certaines manœuvres ou configurations peuvent provoquer une augmentation très nette du stress chez un équipier, sans que la seule fréquence cardiaque permette nécessairement de l’identifier.
À terme, le croisement de ces données avec les observations du coaching staff pourra permettre de mieux comprendre certaines différences de performance et, lorsque cela est pertinent, de mettre en place des réponses simples : travail respiratoire, récupération, adaptation de la préparation physique ou accompagnement mental.
Entraîner les capacités cognitives
La performance cognitive pourra également être travaillée à terre grâce à des outils comme NeuroTracker, déjà utilisé par certains marins du Challenger.
À travers des exercices visuels en trois dimensions, le système sollicite notamment l’attention, la capacité à traiter plusieurs informations simultanément et la vitesse de traitement.
L’intérêt réside là encore dans le suivi individuel et dans l’évolution sur le long terme, avec la possibilité d’intégrer progressivement des situations plus proches des contraintes rencontrées en navigation.
Les fondamentaux de la performance
À Naples, la cellule Performance Humaine s’attachera d’abord à faire respecter quelques principes simples mais essentiels : bien manger, bien boire et bien récupérer.
L’alimentation sera pensée en fonction des contraintes des athlètes et du rythme des navigations, avec une cuisine méditerranéenne équilibrée, des menus anticipés et une attention particulière portée aux apports susceptibles d’influencer l’énergie et la vigilance.
L’hydratation fera également l’objet d’un suivi attentif. Chaleur, soleil et équipements portés à bord peuvent rapidement favoriser la déshydratation, avec des effets directs sur la concentration, le temps de réaction ou la prise de décision. L’objectif sera donc d’installer des réflexes simples : boire régulièrement, adapter les apports aux conditions et profiter des phases moins intenses pour s’hydrater.
La récupération, enfin, sera considérée comme une véritable partie de l’entraînement. Après une navigation, il ne s’agit pas seulement de multiplier les outils ou techniques de récupération, mais de permettre au corps et au cerveau de réellement décrocher : s’alimenter, s’hydrater, puis quitter la base lorsque le programme le permet.
Les capteurs, l’analyse de la HRV ou les outils cognitifs permettront ensuite d’affiner la préparation. Mais ils ne remplacent pas ces fondamentaux, qui restent la première condition pour permettre à chaque marin d’exprimer pleinement son potentiel à bord.
Une approche qui fait de l’humain une composante à part entière de la performance du bateau, au service des trois équipes jusqu’à Naples.