Un incident riche d’enseignements
Mardi 7 juillet, lors d’une séance d’entraînement au large de Lorient, l’AC75 de La Roche-Posay Racing Team s’est couché sur l’eau à la suite d’une défaillance des systèmes. L’équipage est indemne ; le bateau a été remorqué à sa base et confié aux différents techniciens experts qui effectuent toutes les vérifications ad hoc. Antoine Carraz, Directeur Technique de l’équipe, revient sur le déroulement de l’incident, l’état du bateau et ses conséquences sur le programme de navigation.
Les faits
_Que s’est-il passé mardi au large de Lorient ?
« Une défaillance des systèmes a provoqué une perte de contrôle à basse vitesse, entraînant le basculement du bateau sur le côté. L’équipe sur l’eau a immédiatement appliqué les procédures de sécurité. Le bateau a ensuite été redressé, sécurisé puis ramené à notre base opérationnelle ».
_Le comportement de l’AC75 a-t-il évolué avec les nouvelles règles ?
« Oui. Le protocole de la 38e America’s Cup impose un allègement des foils d’environ 400 kilos. Or, leur poids contribue à maintenir le bateau à plat lorsqu’il navigue encore à faible vitesse et que les foils ne produisent pas suffisamment de portance. Plus légers, ils offrent moins de résistance au basculement : l’AC75 devient donc plus sensible aux déséquilibres dans les phases de démarrage, de ralentissement ou de transition. Son comportement peut alors se rapprocher de celui d’un AC40, plus léger et plus réactif. Les navigants doivent donc reconstruire leurs repères. L’incident de mardi leur apporte, à cet égard, une expérience particulièrement concrète ».
L’évaluation des dégâts
_Quel est l’état du bateau après les premières inspections ?
« Notre AC75 a été passé au crible dès son retour à la base. La structure est intacte et aucun dommage majeur n’a été constaté.
De l’eau est néanmoins entrée à bord. Ce qui a provoqué un échauffement des batteries, sans affecter la structure ni l’intérieur du bateau. Certains composant électriques ont aussi souffert à cause de l’eau".
_Les réparations seront-elles longues ?
« Nous voulons prendre le temps de comprendre précisément l’enchaînement des événements, de contrôler l’ensemble des systèmes et d’apporter les améliorations nécessaires. Il ne servirait à rien de nous précipiter ».
Les conséquences
_Quel sera l’impact sur le programme de navigation ?
« Il nous restait cinq jours de navigation sur cette session d’entraînement que nous n’allons pas pouvoir assurer. Nous rattraperons ces jours ou lors de la session d’Août ou à l’automne dans la limite des 45jours maximum imposés en 2026. Les marins mettront leur temps à terre à profit en travaillant sur simulateur et en analysant les premières données recueillies depuis la reprise des navigations.
Ce type d’événement fait partie de la vie de bateaux aussi complexes. Il pourrait d’ailleurs devenir plus fréquent avec l’allègement des foils.
L’essentiel est d’en tirer tous les enseignements. Nos procédures de sécurité ont été éprouvées et l’équipe a réagi avec beaucoup de maîtrise. Chacun a tenu son rôle. Cette expérience renforce finalement notre confiance dans le collectif et dans notre capacité à faire face à ce type de situation ».