#AC38 - J-1 pour La Roche-Posay Racing Team sur la Louis Vuitton 38th America’s Cup Preliminary Regatta Sardinia

De l’entraînement à la compétition

À 24 heures des premières courses en flotte, l’équipe française La Roche-Posay Racing Team s’apprête à vivre son premier test face aux concurrents engagés dans le cycle de la 38e America’s Cup.

Il y a le travail que l’on mène loin du regard des autres. Les heures passées à répéter les manœuvres, à régler les automatismes, à apprendre les réactions d’un bateau, à construire un langage commun. Et puis il y a le moment où tout cela doit tenir face à la flotte, aux départs, aux adversaires et à la pression.

Pour La Roche-Posay Racing Team, ce moment commence à Cagliari.

À partir du jeudi 21 mai, l’équipe tricolore emmenée par Quentin Delapierre prendra part à la Louis Vuitton 38th America’s Cup Preliminary Regatta Sardinia, première régate préliminaire du cycle de la 38e America’s Cup. Sur la Baie des Anges, huit AC40 s’élanceront dans un format court et intense : une journée officielle d’entraînement, puis trois jours de régates, jusqu’à huit courses en flotte avant une finale en match-race entre les deux meilleurs équipages.

Pour La Roche-Posay Racing Team, l’enjeu est clair : passer du travail solitaire à la confrontation directe. Mesurer. Apprendre. Ajuster. Et commencer à inscrire son niveau dans la réalité de la flotte.


Une première confrontation, plus qu’un premier classement

Cagliari ne distribuera pas de points pour Naples 2027. Cette régate préliminaire n’aura pas d’incidence directe sur le classement final de la 38e America’s Cup. Mais elle dira déjà beaucoup.

Elle dira où en sont les équipes dans leur préparation. Elle montrera comment les équipages réagissent in situ. Elle mettra en lumière les automatismes, les fragilités, les vitesses relatives, la précision des départs, la qualité des manœuvres et la capacité à rester lucide quand huit AC40 évoluent ensemble à très haute vitesse.

À Lorient, La Roche-Posay Racing Team a construit ses bases seule, loin de la concurrence. Les stages de printemps ont permis de travailler les rôles à bord, les timings, la communication et les modes de navigation. À Cagliari, ce travail va être confronté à une autre réalité : celle des autres.

Quentin Delapierre, skipper et pilote de La Roche-Posay Racing Team :« C’est notre première vraie échéance avec notre nouvel équipage. À Lorient, la mayonnaise a bien pris, on se sent à l’aise tous les six. Nous avons fait de très bons blocs d’entraînement, mais seuls à Lorient, nous étions un peu les rois de la piste. Ici, c’est un reality check. L’objectif est d’appliquer en régate, avec tous les concurrents autour de nous, tout ce que nous avons appris dans notre coin. »

Ce “reality check”, l’équipe l’aborde avec lucidité. Certaines formations ont davantage de jours de navigation, parfois la possibilité de s’entraîner à deux bateaux. La Roche-Posay Racing Team arrive avec une autre trajectoire : moins de confrontation préalable, mais une forte concentration sur son propre bateau, ses sensations et ses process.

Philippe Presti, directeur sportif de La Roche-Posay Racing Team :
« Nous avons une démarche différente, parce que nous nous sommes entraînés seuls. Nous nous sommes concentrés sur nos manœuvres, sur notre stratégie et sur notre performance. Les premières journées vont nous permettre de tirer des conclusions, de nous adapter et de continuer à progresser. C’est le plus important. »

 

Cagliari, un plan d’eau méditerranéen qui va imposer son rythme

La Baie des Anges n’est pas seulement un décor. À Cagliari, le plan d’eau peut vite devenir un acteur de la régate. La zone de course s’annonce classique dans son dessin, mais plus dense dans son usage : huit AC40 sur la même ligne, moins d’espace, davantage de croisements, des phases de départ sous tension et des situations de proximité qui peuvent faire basculer une manche.

Les premiers jours sur place ont déjà rappelé que la Méditerranée ne se laisse pas toujours lire facilement. Arrivée en Sardaigne en fin de semaine dernière, l’équipe française a d’abord dû composer avec trop de vent, avant de pouvoir naviguer dimanche, lundi et mardi, dans un vent très léger.

Les tendances météo annoncent du soleil, un flux de secteur sud et probablement un peu de mer. Un paramètre important pour l’AC40, bateau très rapide, très mobile, mais exigeant dès que les transitions, les phases de vol ou les manœuvres doivent être réalisées dans un plan d’eau plus agité.

Philippe Presti :
« La zone de course est assez classique, mais avec huit bateaux, il y aura moins de place. La phase de départ est un peu plus grande, assez proche d’une box de match-race. Sur le week-end, il y aura probablement un peu de mer, et nous sommes contents d’avoir pu naviguer à Lorient dans ces conditions-là. »

À Lorient, justement, l’équipe a accumulé 19 jours de navigation, avec a minima trois heures quotidiennes sur l’eau. Des sessions denses, parfois très ciblées, qui ont permis de balayer un large éventail de conditions et de modes de navigation.

Quentin Delapierre :
« Les conditions à Lorient ont été exceptionnelles. Nous avons eu beaucoup d’heures de qualité sur l’eau et nous avons pu balayer tout l’éventail de techniques que nous voulions tester, à la fois par rapport à nos sensations et par rapport au travail du département performance. S’entraîner seul a aussi des avantages : cela permet d’apprendre à sentir son bateau, à reconnaître les sensations qui vont vite, et à concentrer toute l’équipe sur un seul objectif. »

 

À bord, une organisation pensée pour apprendre vite

Sur un AC40, les rôles sont distribués avec une précision extrême. Deux pilotes, deux régleurs. Chacun voit une partie de la régate, agit sur une partie du bateau, intervient dans une séquence de décision. À cette vitesse, la performance ne tient pas à un seul geste, mais à la qualité de la coordination.

Pour cette régate préliminaire, La Roche-Posay Racing Team alignera Quentin Delapierre et Diego Botín comme pilotes, Jason Saunders et Florian Trittel comme régleurs. L’équipage sera complété par deux athlètes de réserve : Enzo Balanger, pilote, et Timothé Lapauw, régleur.

La composition du bord répond à une double logique : s’appuyer sur l’expérience existante de la campagne 2024, avec Quentin Delapierre et Jason Saunders, tout en intégrant deux profils de très haut niveau, Diego Botín et Florian Trittel, champions olympiques et nouveaux venus dans l’univers de l’AC40.

Le choix des positions à bord a été guidé par le besoin d’aller vite dans la construction des repères. Avec un temps de navigation limité, l’équipe a privilégié la stabilité des rôles, la continuité des sensations et la création rapide d’automatismes.

Philippe Presti :
« Avec une vingtaine de jours sur ce bateau, il fallait créer des repères rapidement. Nous avons organisé le bateau en gardant le lien avec ceux qui avaient déjà l’expérience de certaines positions, tout en intégrant Diego et Florian. Nous avons travaillé les manœuvres, les départs, la communication, les timings, mais aussi la capacité à construire les décisions à deux et à quatre. »

Quentin Delapierre insiste sur ce point : même lorsque l’un des pilotes “finalise” une phase, la décision n’est jamais individuelle. Elle se construit à bord, dans un enchaînement où chaque information compte.

« Le départ se construit vraiment à deux et à quatre. Si Diego ne me donne pas le virement exactement au bon endroit, cela devient très compliqué. Et si le virement est bon mais que je n’applique pas correctement notre stratégie dans la phase finale, c’est tout aussi compliqué. Nous passons beaucoup de temps à travailler nos timings et à discuter de ces séquences. »

À Cagliari, cette coordination sera l’un des grands sujets. Les départs en flotte, les croisements, les choix de trajectoire, les transitions et les moments de pression vont éprouver la qualité de cette alchimie encore jeune, mais déjà jugée prometteuse par l’encadrement sportif.

 

Des ambitions claires : progresser sous pression, construire pour la suite

La Roche-Posay Racing Team arrive en Sardaigne pour se mesurer et progresser. Cagliari n’est pas une fin en soi : c’est une première mise sous tension, une occasion rare de voir comment le bateau, les marins et l’organisation réagissent ensemble dans un environnement de compétition.

Cette régate doit nourrir bien plus qu’un classement. Elle doit produire des enseignements, des points de repère, des priorités de travail et une meilleure compréhension de ce que l’équipe doit encore construire.

Philippe Presti :
« L’America’s Cup, ce sont de grosses machines. Il faut apprendre à se mettre sous le feu, à voir comment l’organisation réagit et à progresser à partir de ces situations. Cette régate est l’une des rares occasions de mettre tout le monde en confrontation réelle. »

Cette première sortie en flotte permettra aussi de mesurer le chemin parcouru depuis le début du cycle précédent. L’équipe a changé d’échelle, renforcé son encadrement, structuré son approche de la performance et intégré de nouveaux profils.

Quentin Delapierre :
« Par rapport au début de la campagne précédente, l’équipe a fait un vrai bond en avant. L’arrivée de Philippe Presti, Philippe Mourniac, Lucas Delcourt, Diego Botín et Florian Trittel change beaucoup de choses. Nous avons très bien travaillé à Lorient, nous avons disséqué les manœuvres, le feeling du bateau, et nous sommes sur une même page. À la veille de Cagliari, je suis raisonnablement confiant. Nous avons de très bonnes sensations à bord, et surtout nous nous réjouissons de régater contre nos sept concurrents. »

En Sardaigne, La Roche-Posay Racing Team veut transformer chaque manche en information, chaque situation sous pression en apprentissage, chaque progrès en fondation pour la suite.

Comment suivre la régate depuis la France ?

Les régates seront à suivre en direct à partir de 15h00 CEST, sur le site officiel de l’America’s Cup, la chaîne YouTube officielle de la compétition. Des replays seront disponibles après les courses.